« Je suis » de Sri Nisargadata Maharaj
Quand on a lu 1000 livres, on réalise avec le recul que seul une dizaine d’entre eux furent importants. Seul ce petit nombre fut comme une rencontre primordiale, une porte que l’on ouvre vers une lumière. Dans ma bibliothèque personnelle : « Je suis » de Sri Nisargadata Maharaj fait partie de ceux-là.
Chez Sri Nisargadata Maharaj, il y a une radicalité, je dirais même une pureté qui tout d’abord rebute. Personnellement, ce livre fut au premier contact comme une blessure. Comme du gel s’écoulant à la base de mon esprit, trop d’immobilité, trop de vide, trop de rien. Puis, au fil de la lecture et des répétitions – car les dialogues creusent toujours le même sillon – l’illumination est venue. Pourquoi ? Comment ? Je ne sais pas et si j’essayais de savoir je n’aurais rien appris de ce livre.
Peut-être qu’en ne me préservant pas, en tant que lecteur, Sri Nisargadata Maharaj m’a permis de ressentir ce que jusque-là je ne faisais que comprendre. Depuis, le désert aride de l’expression de la réalité est devenu un champ de fleurs. Puisse t’il en être de même pour vous à la lecture de ce livre.
Formellement, ce livre est un recueil d’entretiens. Fondamentalement, c’est un recueil de sagesse. D’autres auteurs, comme Eckhart Tolle ou Krishnamurti sont dans la même énergie et ils sont plus faciles d’accès. Je conseillerais donc aux lecteurs débutants qui s’intéressent à la spiritualité, de d’abord voir de ce côté-là. Néanmoins, je ne peux éviter de dire aux audacieux ; ouvrez « je suis ». (avec les précautions d’usage bien sur)
Plutôt que de paraphraser maladroitement la pensée de cet auteur, je vous propose quelques extraits tirés du livre et classés par thème. La sélection de ces extraits est éminemment subjective, il ne s’agit pas des grandes pages du livre, mais plutôt de ce que j’ai gardé de cette lecture.
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur l’ouvrage : c’est ici.
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Les thèmes abordés dans cette première partie sont :
- La connaissance,
- L’univers et la nature,
- La vie,
- Le Karma et la mort.
(et aussi un documentaire en fin de post.)
La connaissance
Ne pas savoir, et ne pas savoir qu’on ne sait pas est la cause de souffrance infinie.
Dire seulement « je suis ignorant » est l’aube de la connaissance.
Les théories ne sont ni justes ni fausses. Ce ne sont que des tentatives d’expliquer l’inexplicable. Ce n’est pas la théorie qui importe, mais la manière dont elle est mise à l’épreuve. C’est cette mise à l’épreuve qui rend la théorie fructueuse. Expérimenter n’importe quelle théorie, si elle vous plaît et pour peu que vous soyez sérieux et honnête vous atteindrez la réalité.
Concentration, pleine confiance, pure volonté ! Sur de telles bases, il n’est pas étonnant qu’on réussisse dans l’instant. En définitive, qu’est-ce que la volonté sinon la fermeté du coeur et de l’esprit. Avec une telle constance, on peut tout réussir.
(L’éducation universitaire) elle vous aide, sans doute, à gagner votre vie. Mais elle ne vous apprend pas à vivre… Pas une seule université ne peut vous enseignez à vivre de telle sorte qu’à l’heure de votre mort, vous puissiez dire : » j’ai bien vécu, je n’ai pas besoin de vivre encore. » Tant de fautes ont été commises, tant de choses n’ont pas été faites. La majorité des hommes végète, mais ne vit pas. Ils se font qu’accumuler des expériences et enrichir leur mémoire.
L’univers et la nature
Y eut-t-il jamais un monde sans trouble ? votre existence en tant que personne dépend de la violence faite a autrui. Votre corps même est un champ de bataille, jonché de mort et de mourants. L’existence implique la violence. Il y a peu de non-violence dans la nature.
Toute vie sur la terre dépend du soleil. Bien qu’il soit la cause ultime, vous ne pouvez pas le blâmer pour tout ce qui arrive. La lumière donne leurs couleurs aux fleurs mais elle ne les contrôle pas, pas plus qu’elle n’en est directement responsable. Elle rend les couleurs possibles, c’est tout.
Il y a une différence entre le travail et la simple activité. Toute la nature travaille. Le travail est nature, la nature est travail. D’un autre côté, l’activité est fondée sur le désir et la peur, sur l’envie de posséder et de jouir, sur la peur de la souffrance et de l’anéantissement. Le travail est fait par la totalité pour elle-même. L’activité se fait par soi et pour soi-même.
La nature n’est ni plaisante ni déplaisante. Elle n’est qu’intelligence et beauté. La souffrance comme le plaisir ne sont que dans le mental. Changez votre échelle de valeurs et tout changera.
L’univers n’est pas conscient du particulier. L’existence en tant que personne est une affaire personnelle. L’individu existe dans le temps et dans l’espace, il a un nom et une forme, un commencement et une fin ; l’universel inclut toutes les personnes et l’absolu est la racine du tout et est au-delà du tout.
Alors, perfectionner votre monde. Si vous croyez en Dieu, travailler avec lui; si vous n’y croyez pas, devenez-en un. Voyez le monde comme jeu, ou travaillez-y de toutes vos forces. Ou les deux.
La vie
La rivière de la vie coule entre les rives de la souffrance et du plaisir. Il n’y a de problème que si le mental refuse de couler avec la vie et reste cloué au rive. Ce que j’entends par couler avec la vie, c’est l’acceptation, laissez venir ce qui vient et laisser aller ce qui va. Ne désirez pas, n’ayez pas peur, observe le présent tel qu’il est et quand il arrive, car vous n’êtes pas ce qui arrive, mais celui à qui ca arrive.
Ce qui est important de bien saisir, c’est que vous avez projeté sur vous-même un monde sorti de votre imagination et fondé sur les souvenirs, les désirs et les peurs, et que vous y êtes emprisonné. Rompez le charme et soyez libre.
Exister signifie être quelque chose, une chose, un sentiment, une pensée, une idée. Toute existence est déterminée. Seul l’être est universel, en ce sens que chaque être est compatible avec tous les autres êtres. Les existences se heurtent, l’être jamais.
Si vous étudie de près l’évolution de la vie, partout où trouverait la cruauté, la vie se nourrit de la vie. C’est un fait, mais vivre ne vous donne pas un sentiment de culpabilité. Vous avez commencé une vie de cruauté en causant à votre mère de souffrance illimitée. Jusqu’au dernier jour de votre vie vous vous battrez pour votre nourriture, des vêtements, un abri, pour entretenir votre corps, vous lutterez pour ses besoins parce que vous le voulez à l’abri dans un monde d’insécurité et de mort. Du point de vue de l’animal, être tué n’est pas la pire des façons de mourir; en tout cas, c’est préférable à la maladie au dépérissement de la sénilité. La cruauté se situe dans la motivation, pas dans les faits. Tué blesse le tueur, pas le tué.
La vie est recherche, personne ne peut s’abstenir de chercher. Quand toute recherche cesse, c’est l’État Suprême.
Croître est nécessaire, se dépasser est nécessaire. Laisser derrière soi le bon pour le meilleur est nécessaire.
Tout le monde est heureux d’exister, mais peu en savent la plénitude. Vous parviendrez à la connaître en demeurant, dans le mental, dans le « je suis, je sais, j’aime » avec la volonté de pénétrer le sens le plus profond de ses mots.
Contempler la vie en la regardant comme infinie, non divisée, toujours présente et active, jusqu’à ce que vous réalisiez vous faites un avec elle. Ce n’est même pas très difficile, car vous ne ferez que retourner à votre condition naturelle.
Il y aura le mariage, les enfants, l’argent de la famille a gagner; tout cela arrivera dans le cours normal des événements, car la destinée doit s’accomplir; vous devez vous y soumettre sans résistance, faire face aux tâches comme elles se présentent, attentif et sérieux dans les petites choses comme dans les grandes. Mais votre attitude générale sera de détachement affectueux, de grandes bonnes volontés sans espoir de récompense, de don constant sans rien demander en échange. Dans le mariage, vous n’êtes ni le Mari ni épouse vous êtes l’amour qui existe entre les deux. Vous êtes la lucidité et l’affection qui rendent toutes choses ordonnées et heureuses. Cela peut vous sembler confus, mais si vous y pensez un peu, vous verrez que la mystique et une attitude très pratique, car elle rend la vie heureusement créatrice. Votre conscience s’élève à une nouvelle dimension d’où vous voyait chaque chose plus clairement et avec une plus grande intensité. Vous réalisez que la personne que vous êtes devenus à votre naissance et qui ne sera plus à sa mort est transitoire et fausse. Vous n’êtes pas la personne sensuelle, émotionnelle et intellectuelle qu’empoignent les désirs et les peurs. Découvrez votre être réel. « Que suis-je ? » est la question fondamentale de toute psychologie et de toute philosophie. Allez-y profondément.
Vous voudriez quelque chose comme une extase perpétuelle. Les extases viennent, puis s’en vont par nécessité, parce que le cerveau humain ne peut pas supporter la tension longtemps. Une extase prolongée consumerait votre cerveau, à moins qu’il ne soit extrêmement pur et subtil. Dans la nature, rien ne dure, tout y est pulsation, apparition et disparition. Le coeur, la respiration, la digestion, le sommeil et la veille, la naissance et la mort, tout va-et-vient, comme les vagues. Le rythme, la périodicité, l’alternance harmonieuse des extrêmes est la règle. Il est inutile de se rebeller contre le mode même de la vie. Si vous cherchez l’immuable, aller au-delà de l’expérience.
L’univers objectif(mahadakash) est constamment en mouvement; projetant et dissolvant d’innombrables formes. Dès l’instant où une forme est animée par la vie (prana) la conscience (chetana) apparaît par réflexion de la présence (awareness) en La matière.
Le Karma et la mort
La mort est naturelle, la manière est le fait de l’homme. Se sentir séparer cause de la peur et de l’agressivité, qui cause à leur tour, la violence.
Supposez qu’un grand immeuble s’effondre. Certaines pièces sont détruites, d’autres sont intactes. Pouvez vous parlez de l’espace comme étant détruit ou intact ? Ce n’est que la structure qui a souffert et les gens qui y vivaient. Rien n’est arrivé à l’espace lui-même. Pareillement, rien n’arrive à la vie quand des formes sont détruites ou que des noms en sont rayés. L’orfèvre fait fondre de vieux bijoux pour en fabriquer de neufs. Parfois une belle pièce se mêle aux mauvaises. Dans son élan, il la prend parce qu’il sait que nul or n’est perdu.
Avant d’être né, vous vous attendiez à vivre selon un plan que vous aviez vous-même conçu. Votre volonté fut l’artisan de votre destin.
Le karma façonne les circonstances ; les attitudes sont votres. En dernier ressort, votre caractère élabore votre vie et vous seul pouvait former votre caractère.
(Si on me coupe la tête). Le corps perdait la tête, certaines lignes de communication seraient coupées, c’est tout. Si, quand deux personnes se parlent au téléphone, on coupe le fil, rien n’arrive a ces deux personnes; simplement, il faudra qu’elle cherche un nouveau moyen de communication. La Bhagavad gità dit : » l’épée de la coupe pas ». Il faut le comprendre à la lettre. Il est dans la nature de la conscience de survivre à ces supports. Elle est comme le feu qui brûle le carburant, mais ne se brûle pas lui-même. Comme un feu dure plus qu’une montagne de carburant, la conscience survit à d’innombrables corps.
Le souvenir des désirs passés insatisfaits emprisonne une énergie qui se manifeste dans la personne. Quand cette charge d’énergie est épuisée, la personne meurt. Les désirs non satisfaits sont transférés sur la naissance suivante. L’auto identification au corps créé des désirs toujours nouveaux et cela n’a pas de fin à moins que le mécanisme de l’attachement ne soit clairement perçu. Je ne dis pas que c’est la même personne qui renait. Elle meurt, et pour de bon. Mais ses souvenirs restent, ainsi que ses désirs et ses craintes qui fournissent l’énergie à une nouvelle personne. Le réel n’y prend aucune part, mais il le rend possible en lui donnant six la lumière.
Le karma n’est qu’un réservoir d’énergies non dépensées, de désirs insatisfaits et de peur incomprises. Ce réservoir est continuellement rempli par de nouveaux désirs et de nouvelles peurs. Mais il n’est pas obligatoire qu’il en soit ainsi éternellement. Apprenez à connaître la cause originelle de vos peurs – l’aliénation de vous-même, et de vos désirs – l’aspiration vers le soi, et votre karma s’évanouira comme un rêve.
Qu’est-ce qui meurt avec la mort ? l’idée « je suis le corps « ; le témoin ne meurt pas.
Documentaire
Comme à mon habitude, je vous propose un documentaire. Il me semble qu’il complète bien une approche globale de se grand homme.
Eveille-toi à l’éternité, un voyage à la découverte du Soi – 59mn
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Crédit photo : ®SolidaryArt.org(flickr)
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Al.


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