Vers une crise d obéissance ?
Nous vivons tous, nous autres occidentaux dans une dictature, oui une dictature, là vous vous dites que je déraille, mais je m’explique: La Chine est sous la dictature d’un parti, la Russie d’une oligarchie mafieuse, la Corée du nord d’un despote, d’autres pays sont sous la coupe d’intégristes religieux… Nous autres occidentaux nous sommes sous la dictature de la puissance financière. Il faut comprendre cela pour comprendre le monde occidental, tout le reste vient après.
Le 14 mars 2009 à Londres, Les ministres des Finances de chaque pays du G20 vont se réunir, avec pour tâche principale « de rétablir la confiance sur les marchés financiers ». Le ministre britannique des Finances Alistair Darling a déclaré qu’une réforme du système financier mondial était indispensable, et devait s’appuyer sur les avantages apportés par des marchés financiers ouverts. Cette réunion précédera le sommet du G20 qui se réunira également à Londres le 2 avril 2009.
Un premier sommet du G20 s’est déroulé le 15 novembre dernier à Washington, au cours duquel les dirigeants des grands pays développés et émergents se sont engagés à relancer l’économie mondiale, mais sans prendre aucune décision concrète et seulement émettre de vagues intentions.
La réunion du G20 le 2 avril 2009 est une occasion historique qui ne se représentera peut être pas de si tôt. La remise en cause du libéralisme financier et des marchés ouverts n’a jamais été autant débattue. Les crises précédentes n’étaient pas assez destructrices et globales pour entraîner cette prise de conscience mondiale. Le capitalisme arrive même a écœurer certains de ses propres soutiens traditionnels et des mots comme: Taxe, réglementation ou même nationalisation réapparaissent dans le vocabulaire des éditorialistes de nos journaux, depuis quelques mois. Des décisions politiques inimaginables, il y a peu, ont été prises, comme les symboliques nationalisations de A.I.G., Fannie Mae ou Freddie Mac et cela au pays des gardiens du libéralisme, les États-Unis. Il y a désormais urgence à penser de nouvelles régulations de la finance, à mettre en place des forces capables de s’opposer à la puissance actionnariale, à définir des entraves.
Alors, nos dirigeants enterreront-ils l’affaire – comme cela s »est produit dans le passé, après chaque crise financière – à coup de déclarations de bonne foi ou de maigres mesurettes ? Dans ce cas, nous revivrons un autre cycle, une autre « crise » car ces désastres financiers en raison de leur nature même et de l’absence de régulation sont voués a se reproduire.
Au final cette histoire risque de très mal se terminer. Et ça, personne n’y a intérêt, pas plus les grands acteurs financiers que les populations. Nous ne sommes jamais assurés que les révoltes seront belles. Certaines se sont très mal finies. Donc, riche de notre expérience essayons, dès aujourd’hui si c’est encore possible, de trouver ensemble des solutions et de secouer l’inertie de nos gouvernants.
Il faut juste un effort, juste quelques lectures pour sortir de la pensée unique. Je me propose donc dans une série de 3 articles (non ne partez pas
) de donner quelques repères, de répondre à quelques questions afin de mieux appréhender cette planète financière
Le nom de la crise
La crise dont les médias nous bassinent les oreilles à longueur de journée, a un nom, c’est une crise financière. Certes, ses ondes de choc se sont étendues à « l’économie réelle », mais pour qu’une crise financière soit capable d’ébranler les fondements de l’économie mondiale, il faut que le système en place lui en donne la liberté et le pouvoir. Le système économique actuel l’a permis grâce à l’existence de marchés dérèglementés s’appuyant sur une concurrence généralisée et sur la libéralisation financière des marchés mondiaux.
A quoi servent les marchés financiers ?
En théorie, se sont des marchés qui permettent aux acteurs économiques (entreprises, État et particuliers dans une moindre mesure) de trouver la liquidité dont ils ont besoin. Cette liquidité est fournie par des « investisseurs financiers » en échange de titres financiers (actions et obligations).
Les marchés financiers sont donc un moyen de « finance directe ». L’intérêt est de permettre une relation justement plus directe entre prêteurs et emprunteurs, entre ceux qui disposent de l’épargne et ceux qui souhaitent investir, sans passer par l’intermédiaire des banques. Le coût de l’argent est (en théorie) moins élevé puisqu’on se passe de la médiation des banques.
Exemple: Une entreprise, émet des titres pour financer des investissements, sous la forme d’action, pour augmenter son capital, et en échange elle reçoit du cash sur son compte en banque.
C’est quoi le libéralisme financier ?
Il est le préalable indispensable a la situation actuelle. Il consiste à l’abaissement de toutes les barrières, notamment européennes, puis internationales par l’OMC, qui régulaient la concurrence jusqu’ici.
Dans les années 70 et 80, les marchés financiers se sont développés, avec l’essor du libéralisme. Une des principales raisons de la libéralisation des marchés, a été de permettre aux détenteurs de capitaux d’avoir une rémunération supérieure à ce qu’ils avaient dans le système de « finance indirecte » bancaire.
L’objectif principal a été de permettre à l’épargne de jouer un plus grand rôle qu’elle ne jouait précédemment, il fallait « libérer l’épargne » afin d’étendre la sphère financière. Ceci devant mener au développement de la finance par l’épargne (capitalisme financier) et ainsi en théorie favoriser l’investissement…et donc la croissance et l’emploi (schéma libéral contre schéma keynésien).
Comment fonctionnaient les marchés avant leurs libéralisations ?
L’État régulait les marchés principalement en encadrant le crédit (taux d’intérêt). Durant des décennies, les taux réels d’intérêt sont demeurés négatifs à cause de l’inflation). Par la suite, dans les années 80, les économistes libéraux ont libéré les taux d’intérêts, en premier lieu de la tutelle étatique, toujours dans le même objectif de favoriser l’arrivée des capitaux de l’épargne sur les marchés. Les taux d’intérêt alors sont montés mécaniquement permettant ainsi d’atteindre un des objectifs de la libéralisation financière puisque les épargnants accédaient dans les faits au premier rôle dans l’économie mondiale. Le capital financier triomphait.
Comment s’impose la libéralisation financière en France ?
Elle s’est faite autour de 3 leviers:
Premier levier.
La loi de déréglementation de 1986 est un tournant dans l’histoire de l’économie et même plus, de la société française. Elle abat toutes les restrictions qui entravaient la liberté de mouvement des capitaux, et notamment celle des mouvements internationaux. Ils peuvent aller et venir librement. Une fois que cette loi est passée, les capitaux anglo-saxons ont pu se déverser sur le marché français. Ceci fut possible rapidement car au Royaume-Uni et aux États-Unis l’épargne salariale était déjà sous une forme très financiarisée (fonds de pension (système de capitalisation)).
Deuxième levier,
La concentration de cette épargne financière, aux mains de grands collecteurs de l’épargne individuelle comme les fonds de pension et les fonds mutuels qui gèrent des masses de liquidités prêtes à s’investir dans l’économie de façon homogène avec des effets extrêmement brutaux.
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En France, il existe des fonds mutuels (système de répartition): ce sont les organismes de placement qu’on appelle les SICAV, les OPCVM, les compagnies d’assurances qui gèrent des assurances-vie qui comprennent une partie des placements qui sont effectués en produits actions, etc..
Troisième levier, le plus important. c’est le dernier verrou qu’il fallait faire céder pour que la libéralisation financière prenne tous ses effets.
Un déverrouillage de la propriété du capital (le régime du contrôle capitalistique) qui rend les entreprises absolument vulnérables aux traders a été réalisé par nos gouvernants.
Pendant longtemps, on a vécu dans un régime, qui était caractérisé par ce qu’on a appelé les « participations croisées », elles protégeaient la propriété du capital par des échanges, par des prises de participations mutuelles. Cela minimisait le volume des titres offerts à la prédation d’un trader. À partir du moment où le capital d’une entreprise était majoritairement détenu par des mains sûres, c’est-à-dire par des alliances capitalistiques, alors cette entreprise bénéficiait d’une considérable baisse du risque de prédation financière.
A l’inverse, comme c’est le cas actuellement, 80 à 90 % du capital est flottant, alors à tout moment un trader ou un acquéreur potentiel peut se présenter, et il peut poser une proposition d’OPA (Offre Publique d’Achat).
Dés les années 80, certains capitalistes à vocation purement financière s’emparent des entreprises, dont le capital est flottant sur les marchés. Ces traders dépècent lesdites entreprises et se sortent de ce démontage avec force plus-value. C’est à ce genre de démontage qu’on voit le grand basculement qui s’est produit dans le rapport de force qui opposait ces deux fractions du capital, que sont le capital industriel et le capital financier. Et ce basculement du rapport de force avait pour condition impérative que l’on déverrouille préalablement le contrôle du capital, de sorte que le capital financier puisse faire irruption à tout moment, en raflant la propriété (les titres), et en devenant le vrai patron.
Toutes les pièces sont alors en place pour que l’expression du capitalisme financier que nous connaissons depuis 30 ans s’incarne, remodelant peu à peu nos sociétés et proposant a chacun d’entre nous d’acquérir toujours plus pour plus de profit.
A suivre:
Comment ont évolué les rapports de force dans nos sociétés ?
A qui profite la toute puissance du capitalisme financier ?
Comment l’explosion du marché des produits dérivés a abouti à la crise ?
par Al.



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